Veille Municipale : insociabilité et sexisme ou comment ne pas prendre le mal à la racine
 # Bordeaux Le 26 janvier 2010 à 14h43 
9efbe_215aa_mairie-de-bordeaux.jpg
Le premier conseil municipal de l’année fut ambitieux. Il s’agissait pour Alain Juppé, maire de Bordeaux, d’annoncer son 3ème projet social, faisant suite aux deux premiers qui concernaient l’aménagement urbain ainsi que les mesures de développement durable (Agenda 21) auxquelles s’engageait la ville de Bordeaux. Comme souvent, l’annonce de ce plan d’action sociale a provoqué de vives réactions chez l’opposition, même si celle-ci approuvait le projet dans son ensemble. 

Les objectifs de ce projet sont plutôt flous, puisqu’il s’agirait de créer du lien social, d’améliorer la concertation et la proximité. Afin d’y parvenir, les adjoints, en collaboration avec les habitants, les associations et autres partenaires sociaux (CAF, CUB…), ont élaboré 84 « fiches-actions ». Celles-ci tournent autour de deux axes majeurs : « mieux vivre ensemble » c'est à dire encourager la fraternité, et « une place pour chacun », afin de faire reculer la pauvreté. Un tel vocabulaire peut étonner, et susciter la raillerie. Car il faudrait un dictionnaire pour décrypter le jargon démocratique du conseil municipal. Ainsi, ces expressions ont été complétées par les termes suivants : transversalité, croisement des énergies, mixité sociale…Auxquels s’ajoutaient de nouveaux verbes dont nous ignorions l’existence, tels qu’impacter ou budgéter. L’opposition a critiqué avec raison ce jargon grandiloquent, arguant la faiblesse des actions présente derrière le vernis lexical.

Véronique Fayet, adjointe au maire chargée de l’action sociale, a ensuite détaillé ce projet. Hélas, les explications données ont entamé l’enthousiasme qu’un tel projet suscitait. Car par l’expression « mieux vivre ensemble », étaient entendus le croisement des savoirs avec les plus pauvres, ceux-ci ayant beaucoup à nous apprendre (?) ; le développement des temps de rencontre…la relation d’entraide…la création de lien entre les bordelais… Bref de jolis mots, mais dont la réalité concrète ne nous vient pas vraiment à l’esprit. Mais c’est ici qu’intervient l’adjointe au maire chargée des sports, qui nous annonce sa priorité dans les objectifs sociaux : apprendre à nager à tous les enfants ! Bon, nous restons encore sur notre faim, mais peut-être que le deuxième axe du projet, intitulé « une place pour chacun », nous rassasiera davantage. Ce pilier du projet a pour but de donner plus de droits aux personnes vulnérables, telles que les anciens, les handicapés, les sans-abris. Un tel objectif est louable, pourtant il laisse perplexe. Pourquoi et comment donner les mêmes droits à des personnes dont la vulnérabilité n’a pas la même cause ? C’est ici que repose le fondement de la frustration ressentie lors de cet exposé. Car si ce plan d’action sociale a des objectifs très nobles (permettre à tous les citoyens de vivre confortablement), il reste insuffisant tant dans la fin que dans les moyens. C’est ainsi qu’il s’attaque aux effets d’une civilisation malsaine, sans la changer sur le fond, et vise le « bien-être » de ses citoyens en omettant leur vrai bien. Un exemple frappant fut exposé par une adjointe au maire. Celle-ci se plaignait du retour du sexisme dans certains quartiers, et proposait la création d’un comité de veille pour surveiller l’exercice du respect de la femme. On ne peut que s’étonner d’une telle hypocrisie, puisque le salon Eropolis qui se tenait à Bordeaux le week-end dernier n’encourage pas vraiment au respect de la femme, l’avilissant en la réduisant à un objet du désir (cf. Le porno détruit, il vous pourrit). On remarquera donc dans ce conseil la réponse sécuritaire apportée pour compenser des carences éducatives et culturelles flagrantes sur lesquelles la ville préfère fermer les yeux.

Devant de tels projets, qui sont certes assez creux et insuffisants, mais pourtant légitimes et de bonne intention, l’opposition a paru décontenancée. Une conseillère a d’abord dénoncé le manque de « souffle fédérateur » dans le projet, se plaignant que celui-ci ne « foisonne pas assez ». Encore une fois, le jargon municipal semblait la meilleure arme à défaut d’arguments. Pourtant, cette même conseillère, appartenant aux Verts, a aussi dénoncé le nominalisme et l’emploi de termes tellement vagues que chacun peut y entendre ce qu’il veut. Elle est ainsi montée au créneau contre l’emploi de l’expression « famille normale », qui est selon elle datée et trop normative, expliquant que la famille est diverse aujourd’hui. Cette intervention dessert hélas la conseillère, puisqu’elle exclut d’emblée les homosexuels par exemple de la « famille normale », et que c’est bien cela qui la gène. Ensuite, une autre conseillère a proposé que l’on s’attaque aux riches afin de combattre la pauvreté, car cette richesse serait « scandaleuse »… Bref, ces échanges ne furent pas de la plus grande pertinence et Alain Juppé l’a justement remarqué, en précisant que ce projet social ayant été préparé avec le conseil régional (majoritairement de gauche), l’opposition ne le rejette que parce qu’il est maintenant proposé par la droite.

Pour finir, le 3ème projet social de la ville de Bordeaux a été adopté, les Verts et les communistes s’abstenant, et les socialistes ne prenant pas part au vote, choisissant de voter les mesures du projet au fur et à mesure de leur présentation au Conseil Municipal.

La suite des délibérations concernait surtout la gestion matérielle de la ville. Toutefois, la question du nouveau stade de football a encore été débattue. Nous vous avions rapporté précédemment les questions qu’il soulevait. Le maire a aussi ajouté sur ce sujet qu’il est faux de dire qu’avec tout l’argent investi dans ce stade, on pourrait faire des choses bien plus utiles pour la ville. En effet, la ville de Bordeaux n’investirait que 15 millions d’euros dans ce stade (tout juste de quoi construire une piscine municipale par exemple), le reste étant financé par le club des Girondins ainsi que par l’Etat. 

En définitive, on ne peut que rappeler le positionnement de Dies Irae, qui se place au-dessus de ces stériles querelles politiciennes, en proposant de remodeler une société plus conforme aux lois naturelles afin de disposer le peuple à son vrai Bien. Car même si nous louons les efforts du conseil municipal en ce qui concerne la gestion de notre ville, nous trouvons vaines les réponses apportées aux misères sociales car elles sont souvent incohérentes et ne règlent rien dans le fond. C’est pourquoi nous proposons nos actions politiques, qui même si elles ne s’attaquent qu’à certains effets de la subversion de notre société, montrent tout de même l’insuffisance des actions municipales dans un système perverti à la racine.

Sites amis :
Flux RSS :
 Actualités
 Vie du mouvement
Lettre d'information :
 S'inscrire
 Se désinscrire
votre adresse mail :
 
Autres :
> Voir tous nos liens
> Voir toutes nos vidéos
> Voir tous nos dessins