La dictature intellectuelle : cacouacs ou piapiams ?
Le 08 octobre 2008 à 12h04 

naufrage du mondialismeLa danse des muses, écrit Guillaume Budé, et l’espèce de ronde qu’elles forment en se passant une corde de main en main, signifie avant tout et représente manifestement l’harmonie des sciences et la parenté de leurs études.

 

Astrée, la Vertu, fille de Zeus et de Thémis, vivait alors parmi les muses au milieu des mortels.

 

Lorsque l'âme humaine se fut pervertie, elle se retira du séjour des vivants, se fixa dans les cieux parmi les astres.

 

La ronde des muses et l’harmonie des sciences furent rompues.

 

Alors les Cacouacs envahirent la philosophie :

 

« Bénis la Nature d'avoir fait concourir ton existence avec un siècle philosophique, où la Raison sort de l'enfance, sous l'âge d'or des Cacouacs. Jusques à cette époque lumineuse, on n'avait vu que par intervalles, quelques rayons échappés d'une saine Philosophie ». (1)

 

Puis arrivèrent les Piapiams (2) qui se répandirent partout, tels des métastases. Rien ne pouvait leur échapper : l’histoire, l’art, la littérature… (3)

 

Le Piapiam, qu'il se veuille critique, ludique ou didactique, relève toujours de l'instrumentalisation, de la subversion, et du radicalisme. Quels que soient les prétextes esthétiques, politiques ou moraux qu'il se donne, il attaque en fait l'humanité même de l'homme.

 

Le Piapiam est d'esprit totalitaire. Il prône la rupture avec tout ce qui l'a précédé, voire organise l'inversion de toutes les pratiques antérieures.

 

Le Piapiam, profondément intolérant, a tous les droits ; essayez d'émettre une critique et voilà qu'on crie à la persécution et au retour de l'obscurantisme ; à moins qu'on ne fasse silence, ce qui est encore plus efficace.

 

Le Piapiam, par sa renommée, reçoit des commandes publiques dans lesquelles il lui faut « pourfendre la compétence » puisque tout Piapiam qui ne détruit pas le passé est suspect d'en être le plagiaire.

 

Le Piapiam est « colonisé » par un discours auquel il doit faire allégeance pour recevoir sa dignité.

 

Le Piapiam est donneur de leçons. Il est capable de crier tellement fort pour la liberté d’expression en Chine qu’il est sans voix contre les lois liberticides en France (4).

 

Le Piapiam possède une boussole qui le rend infaillible en toutes circonstances : « A ces points à la fois fixes et variables s’ajoutent des incertitudes qui interdisent, elles, tout pronostic. » (5)

 

Le Piapiam fait de furtives « rondes de nuit » (6) pour échapper, en rasant les murs, aux fantasmes imaginaires des souvenirs qu’il n’a pas.

 

Le Piapiam possède, lui, une intelligence sans limites. « Il trouve dans une vision du monde l’instrument privilégié de son accession à l’intelligence universelle. Exotériquement, il paraît un individu limité, comme tous par le temps et l’espace. Esotériquement, il s’apprécie comme la crème de la terre puisque chaque détail fait un tout et que tout est dans tout. ». (7)

 

Le Piapiam « piapiate » à l’infini sur des slogans tout fait : «"La guerre pour en finir avec toutes les guerres", ou encore « rendre le Monde sûr, par la démocratie » (8)

 

Le Piapiam se place bien au-dessus de ses interlocuteurs et les somme d'adhérer quoi qu'ils en pensent.

 

Le Piapiam a des commentaires philosophico-politico-psychanalysants qui ne sont compris que de lui-même car, lui au moins, a une pensée « libérée » du réel.

 

Le Piapiam a des angoisses : « Comment vaincre le privilège esthétique du talent ? ».

 

 

En un mot, le Piapiam est comme Velleius. Il n'approfondit rien, décide hardiment de tout, se moque de toutes les doctrines, sape toutes les religions. Ton tranchant, pensées vagues, raisonnement faux, obscur, captieux, qui plaît au vulgaire.

 

Dans une œuvre de génie, "La Tempête", Shakespeare, évoquant les âges futurs, nous montre, en une vision prophétique, le "régénéré", le nouvel "Adam". Qu'est-ce que le Piapiam (9) ? C'est l'homme libéré des antiques contraintes ; le Piapiam marche aussi bien à quatre pattes qu'à deux. Il fait le mal, à force ouverte, quand il ose, et, par sur prise, quand il a peur ! - Qu'un matelot aviné lui tende sa gourde, le Piapiam se prosterne aux genoux de l'ivrogne et l'adore.

 

Le Piapiam se prosterne devant ses urinoirs (10) qu’il décrète « œuvre d’art » ainsi que devant ses fantasmes qu’il décrète « vérité historique ».

 

Le Piapiam, incapable de s’élever, descend dans les bas-fonds des abîmes mais il ne laissera pas même, comme Empédocle, la trace de ses sandales au bord du gouffre.

 

Laissons donc les Piapiams, sans talent, sans éclat, sans valeur et sans courage au soin de graver l’épitaphe de leur tombe : « ci-gît un cadavre d’idée » (11).

 

Admirons-les à leurs façons de lécher leurs gamelles :

 

Adressons leurs les compliments de Voltaire : « Nous vous félicitons de jouir du néant : c'est un grand empire. Régnez-y, mais insultez un peu moins ceux qui n’y sont pas... » !

 

Et cherchons à comprendre le pourquoi et le comment de cet appel du néant.

 

Le pourquoi ?

 

Le pouvoir est la destruction de tout ce qui lui est opposé. Il est condamné à "massacrer" tous les talents "inutiles" pour lui, c'est-à-dire menaçants. Et qu'est-il de plus opposé au pouvoir, en soi, que l’intelligence ? (12)

 

Alors, pour parvenir à « nous presser jusqu’à ce que nous soyons vides » (George Orwell), le pouvoir se sert des Piapiams ; il les couvre de subventions et d’éloges.

 

 

Le Comment ?

 

Le vide obtenu dans chaque individu, « le pouvoir va les remplir de lui-même » (George Orwell), c’est-à-dire, comme le déclare Jacques Attali (13) :

 

« ON crée toute une série de structures, de paramètres de la normalité qui fait que [chacun] va surveiller son propre écart à cette normalité [...] C’est donc une ruse d’une liberté où l’on se croit libre mais on est simplement libre de créer les conditions de sa propre jouissance de la servitude. »

 

Ainsi, pour conduire le peuple vers sa servitude :

 

ON déstructure les esprits en lançant des armées de Piapiams,

 

ON manipule les opinions par des rapports d’« experts » qui se trompent ou qui nous trompent, (14)

 

ON organise des fausses bannières (15) pour justifier de lois liberticides. (16)

 

Mais cela ne suffit pas car « l’art des arts est le gouvernement des âmes ». Il LEURS faut donc aussi détruire l’âme.

 

Au XIXe siècle, Joseph Lemann compare cette destruction de l’âme aux poisons de la célèbre empoisonneuse Locuste : un poison trop rapide rendrait le meurtre manifeste, un poison trop lent donnerait le temps de se reconnaître.

 

Il LEURS faut donc utiliser le poison, le philtre et le narcotique.

 

Omnipotence de la raison au tribunal de laquelle tout doit se soumettre; suffisance des forces humaines pour faire son chemin, et suffisance des forces sociales pour conduire les peuples (poison);

 

Grands mots de liberté, d'égalité, de fraternité (philtre);

 

Sentiment de tolérance réciproque non seulement pour les personnes, mais pour les doctrines (narcotique);

 

Tel est le perfide breuvage qui, comme au temps de Locuste, doit troubler la raison, et n'éteindre que lentement la vie. Les uns seront enivrés, les autres assoupis, un grand nombre tués à la longue. Cette mixture recevra, dans la suite, son nom caractéristique: le libéralisme.

 

Ce libéralisme que LEUR « devoir d’ingérence humanitaire » LEURS impose d’aller offrir à l’aide de bombes à fragmentation et d’uranium appauvri.

 

 

 

O que trop grandz sont les maulx d'ignorance

Qui contre droict cherche la voye oblicque ! (17)

 

 

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(1) Catéchisme des Cacouacs par Giry de Saint-Cyr (1699-1761)

 

(2) Piapiam : substantif du verbe piapiater (manifester des incohérences destructrices des individus pour avoir droit à la gamelle) et acronyme du « PseudoIntellectuel Auto-Patenté Inconditionnellement Agréé par les Médias. – Nous utilisons des citations d’auteurs. Toute ressemblance, même partielle, des « Piapiams » avec les auteurs cités ne serait que le fait du hasard.

 

(3) Pour ce texte, nous avons largement utilisé l’excellent livre de Christine Sourgins : « les mirages de l’art contemporain », la Table Ronde, mars 2006.

 

(4) Il y a quelques années, Soljénitsyne remarquait qu'en Occident, si les goulags n'existent pas encore, les goulags intellectuels, eux, sont déjà en place.

 

(5) « la vengeance des nations », page 217, d’Alain Minc chez Grasset.

 

(6) Titre d’un livre de Patrick Modiano chez Gallimard : « la ronde de nuit ».

 

(7) La Bêtise, page 94, d’André Glucksmann chez Grasset.

 

(8) Le Gouverneur John X Blaine écrivait le 20 octobre 1923. "L'Amérique est dans une position où elle risque de voir fondre sur elle la guerre par des slogans tels que "La guerre pour en finir avec toutes les guerres", ou bien "rendre le Monde sûr, par la démocratie".

 

(9) Le Piapiam se nomme Caliban dans l’œuvre de Shakespeare.

 

(10) L’urinoir de Duchamp, décrété œuvre d’art en 1917, marque la naissance de l’art contemporain. Duchamp a trouvé son équivalent dans la littérature contemporaine.

 

(11) « La pureté dangereuse », page 281, de Bernard Henri Lévy chez Grasset

 

(12) « La tête coupée ou la parole » par Arnaud-Aaron Upinski, l’O.E.I.L., 1991

 

(13) Emission de FR3 « ce soir ou jamais » du 27 février 2008.

http://www.dailymotion.com/relevance/search/attalli/video/x4n042_docle-gouvernement-mondialle-grand_politics

 

(14) "Nous approchons de la fin de crise", assurait le 21 mai [2008] Joseph Ackermann, pdg de la Deut sche Bank. "Le pire de la crise est derrière nous", renchérissait une semaine plus tard Richard Fuld, patron de Lehman Brothers. Même le prudent Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs - seule banque de Wall Street à sortir gagnante de la crise - cédait à son tour à l'optimisme en déclarant, il y a quelques semaines, "voir la lumière au bout du tunnel". Hélas pour eux (et pour nous), les prophéties des grands manitous de la finance se sont révélées erronées.

http://www.lepoint.fr/actualites-economie/bourse-une-crise-qui-n-en-finit-pas/916/0/259157

 

(15) fausse bannière : terrorisme fabriqué pour diriger les foules.

 

(16) Voir l’affaire du 11 septembre « interview de Richard Gage »

http://www.reopen911.info/video/interview-richard-gage-avril-2008.html

et plus généralement le site Reopen 911 http://www.reopen911.info/

 

(17) Le Cry de la Bazoche

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