| De l’Europe au mondialisme : avaries ou naufrage ? | |
| Le 19 juin 2008 à 13h22 | |
![]() Bling-bling, bling-bling...Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle : « [Jacques Chirac] a pris la décision de rapatrier nos forces spéciales et un certain nombre d’éléments [d’Afghanistan]. C’est une politique que je poursuivrai. Et de toute manière si vous regardez l‘histoire du monde, aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’était pas le sien. Aucune. Même la Chine sur le Vietnam, les japonais. Aucune. Quelque soit l’époque, quelque soit le lieu ». (1)...las !, le 28 mars 2008 nous apprenons que : « La France va envoyer des soldats supplémentaires en Afghanistan. Cette décision annoncée mercredi par Nicolas Sarkozy à Londres provoque des remous. Tant sur le fond que sur la forme : de nombreux parlementaires - y compris UMP - regrettent de n’être pas consultés ». (2) Amusant ? – Non pas ! - En fait très logique ! « Une défaite de l’Amérique en Afghanistan pourrait être la faille qui brisera l’OTAN. [...] Elle créerait des secousses dans le paysage politique de l’Europe et provoquerait l’apparition d’une génération d’hommes politiques anti-Américains qui chercheront à défaire les relations entre les deux alliés traditionnels. » (3) C’est aussi dans ce sens que s’est exprimé Nicolas Sarkozy le 27 septembre 2007. Après un « salut fraternel », il déclare à la tribune de l’OTAN : « Je veux dire au nom de la France qu’à la volonté de puissances qui sans cesse menacent de rompre l’équilibre si fragile de la paix, la communauté internationale a le devoir d’opposer son unité sans faille et sa détermination à faire prévaloir le droit » (4). Comme le fait remarquer très pertinemment Hubert Védrine : « Ce que l’on appelle "communauté internationale", ce sont en général les Occidentaux et les Israéliens ». Hubert Védrine ajoute même : « Il y a dans le monde environ cinq milliards de gens qui ne sont pas occidentaux et qui contestent de plus en plus, on le voit avec les pays émergents, le droit aux Occidentaux de parler au nom du monde entier » (5). Le droit de l’Occident à faire prévaloir son droit serait-il contesté ? « Ces dernières années, les choses sont allées bien plus vite que beaucoup ne le pensaient. Le système de la mondialisation néolibérale craque de toutes parts, même s’il ne faut pas croire qu’il tombera comme un fruit mûr ; à l’échelle planétaire, un vaste mouvement appelé altermondialiste est en train de se former et poursuit sa progression. Comment peut-il franchir un seuil quantitatif et qualitatif décisif, dont beaucoup d’indices montrent qu’il est à portée de main ? Car c’est vers ce mouvement que se tournent, nombreux, les regards de ceux qui ne supportent plus ce monde injuste et absurde, et qui cherchent des solutions de rechange », écrit Jacques Nikonoff (6). Ce « monde injuste et absurde », forcément rejeté, ne peut être imposé que par despotisme. Ecoutons Jacques Attali : « Pour maîtriser les pulsions du peuple, il faut lui inculquer la peur de ne pas être dans la normalité. Pour cela on crée toute une série de structures et de paramètres de la normalité. Par cette ruse, on fait croire au peuple qu’il est libre, alors qu’on ne lui laisse que la jouissance de sa servitude. » (7) L’aventure de la Russie Tout avait été bien préparé pour la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. La Russie devait tomber comme un fruit mûr dans la main de l’Occident (8) : « L'aide Occidentale va permettre au gouvernement russe d'entreprendre toutes les réformes nécessaires pour évincer l'État de la sphère économique », écrit Brzezinski en 1997 (9). Par une étrange ironie de l’histoire, c’est d’Iekaterinbourg que se lèvera un jour nouveau (10). Un nommé Eltsine, qui dirige la section du parti communiste de l’oblat de cette ville, prend le pouvoir. Puis, il consolide son pouvoir politique en laissant libre le pouvoir économique pour les oligarques. Enfin, à l’aube du 3e millénaire, le 31 Décembre 1999, l’Occident apprend, comme par un coup de tonnerre, qu’il démissionne et laisse la place à Poutine. Poutine, fort du pouvoir politique, reprend alors en main le pouvoir économique (pour l’Etat) et donne enfin la bonne impulsion, véritable résurrection de la Russie. Et depuis, que voyons-nous.? - Des russes heureux ! (11) - Plutôt que de chanter les louanges des oligarques sous-marins de l’Occident (12), les médias seraient bien inspirés d’attribuer à Poutine les palmes de la « démocratie participative » qu’il mérite. De la Russie à la BRIC La BRIC est un acronyme pour désigner le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine (13).
« Cette réunion d'Iekaterinbourg était la première rassemblant les quatre chefs de la diplomatie du BRIC, qui représente aujourd'hui 40% de la population mondiale et 10% du produit intérieur brut de la planète. » (14) Avec la Bric, la réalité dépasse l’improbable : « Un scénario présenterait un grand danger potentiel : la naissance d'une grande coalition entre la Chine, la Russie et peut-être l'Iran, coalition anti-hégémonique unie [...] Afin d'éviter cette éventualité, aujourd'hui peu probable, les Etats-Unis devront déployer toute leur habileté géostratégique sur une bonne partie du périmètre de l'Eurasie, et au moins, à l'ouest, à l'est et au sud ». (9) Or la BRIC est à l’œuvre. Son travail est immense et ses résultats déjà spectaculaires. Pendant une ou deux générations, elle aura besoin du savoir-faire et du marché de l’occident. Mais après ? Après, elle pourra vivre de façon autonome. Elle aura tout : les ressources, le savoir-faire et un marché en circuit fermé auto-suffisant. Elle n’aura même pas besoin d’être offensive - seulement défensive. Sans elle, l’occident se liquéfiera : Cet occident, rongé et épuisé par les spéculateurs qui caracolent sur le dos d’une population asservie, spoliée et démoralisée (15), ne pourra plus lui vendre ses déficits. Le temps ne sera plus où « le dollar est notre monnaie et votre problème ».
Chaque heure, les Etats-Unis empruntent 100 millions de dollars à des pays infiniment plus pauvres que lui. Les néocons et les « crocs » de Brzezinski Pour que la « communauté internationale » garde (ou reprenne) la main sur le monde, deux théories se complètent. Les néocons : Comme leur nom l’indique en français, leur théorie est simple : je viens, je casse et je regarde ce qui se passe... Mais la guerre du Liban de 2006 a montré les limites de cette théorie. En effet, la guerre du Liban rappelle la Bataille d’Azincourt. C’est lors de cette bataille que l’on vit pour la dernière fois des armures sur un champ de bataille. Au Liban, les chars se sont fait détruire par des missiles ; et, sans les chars, les troupes ne suivent pas. De même, les armadas sont maintenant vulnérables aux sous marins de poche ; et sans les navires de guerre, les communications sont bloquées. Toute leur stratégie est donc non seulement à revoir mais il leurs faut maintenant réparer l’image de l’Amérique. Ce qui était vrai en 1997 : « L'Amérique incarne un peu partout l'avenir et une société exemplaire qu'il faut imiter » (9) est aujourd’hui l’inverse. En apothéose, ils sont encore capables d’aller larguer quelques bombes atomiques, puis, dans la foulée, se rendre à Kyoto pour discourir sur le réchauffement climatique (16). Les « crocs » de Brzezinski : La théorie de Brzezinski est plus subtile. Elle consiste à déstabiliser les régions frontalières de l’ennemi. La déstabilisation du régime afghan et l’armement des premières milices djihadistes en 1979 par les Etats-Unis appartiennent à ce plan. Mais face à la BRIC, cette théorie du jeu de Go devient problématique. Qui encercle qui ? – Qui déstabilise qui ? On l’a vu dans l’affaire du Tibet (17). La Chine disposait déjà suffisamment de moyens de rétorsion pour qu’un froncement de sourcils déclanche une retraite en désordre ! Que va devenir l’« Occident » ? Le ronronnement anesthésique des médias dominants cache la réalité. D’un coté : - Une agriculture détruite par les réglementations et les OGM, - Des pécheurs ruinés par les charges, - Une délocalisation des entreprises à tout va, - Un « travailler plus » pour « gagner moins », - Une culpabilisation permanente des citoyens en arguant de règles sécuritaires, - Le viol du traité de Lisbonne (18), - Des caisses de retraites initialement très riches (du fait du Baby-boom d’après guerre), fortes de gros surplus pour financer les retraites, qui se retrouvent sans le sou, - La dispersion aux quatre vents des tous les actifs de l’Etat : autoroutes, aéroports, etc. - La démolition des services de l’Etat : Ministère des affaires étrangères et autres... - La France engagée dans des conflits qui ne la concerne pas et où elle n’a rien à gagner, - Etc. De l’autre la spéculation (19) : - La spéculation sur le pétrole (20) - La spéculation sur les finances (21) - La spéculation sur l’alimentaire (22) - La spéculation des délits d’initiés (Société Générale, EADS, etc.) - Etc. Heureusement, direz-vous, Nicolas Sarkozy en a pris conscience. A la tribune de l’OTAN, le 27 septembre 2008, il a déclaré : « Regardons notre monde en face : jamais il n’y a eu autant de phénomènes de rentes qui concentrent autant de profits sur quelques grands groupes… » Alors que va-t-il faire ? « Au nom de la France, j’appelle tous les états à se réunir, pour fonder le Nouvel Ordre Mondial du 21e siècle » ? (4) Cet Ordre Mondial décrit, rappelons-le, par son chargé de mission, Jacques Attali (7). Bien sûr, les français sont braves. Ce sont toujours de braves grognards. « Des 400.000 hommes qui ont traversé le Niémen d’Ouest en Est entre le 24 et le 30 juin 1812, combien vont le repasser, partie sur les ponts, partie sur la glace ? Disons que sur 400.000 hommes, il en revint 10.000 ou 20.000 ». (23) Eh bien ! On raconte que les français sont fiers et contents de Napoléon. Mais qu’arriva-t-il lorsque la France fut épuisée ? - Les coalisés étaient à Paris et Napoléon conduit à Sainte Hélène pour y mourir, probablement empoisonné (24). Ce ne sont plus dans les plaines de Russie mais dans les mâchoires du mondialisme que Nicolas Sarkozy veut entraîner la France et l’Europe contre leur gré (25). Il lui faut donc ruser. Aussi, pour distraire leur attention, il joue, avec la complicité des médias, Guignol pour les enfants :
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