De la réforme du primaire au « penser l’histoire » : crétinisme ou machiavélisme ?
Le 05 novembre 2008 à 15h53 
De la réforme du primaire

Les oreilles nous bourdonnent.

Elles nous bourdonnent par les nouvelles réformes, les nouveaux programmes et les éternels verbiages...

Elles nous bourdonnent quand notre ministre de l’éducation nationale, qui appartient à la majorité parlementaire responsable, avec alternances (?), de l’éducation depuis plus de 30 ans, se lamente comme chaque année (1) :

«  Dans un pays qui investit autant de confiance et de moyens dans son système scolaire, il n'est pas concevable que 15% des élèves quittent aujourd'hui l'école avec de graves lacunes dans la maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul. » (2).

Et comme chaque année, nous voyons notre bateau pédagogique s’enfoncer un peu plus :

« Par de savants tours de passe-passe, tous les apprentissages fondamentaux, lecture, expression écrite, grammaire, raisonnement, ont été remaniés : la forme a détrôné le fond, les repères temporels et personnels ont disparu. Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, mal-être, mauvaise perception de soi et des autres, absence de repères, violence, sont les conséquences de cet enseignement. L'homme nouveau ainsi créé de toutes pièces est dangereusement dépendant » (3)

Aussi, pour remédier à ces dégâts et, comme chaque année (ou presque), le Gouvernement nous annonce une nième réforme du primaire (1) :

« Premier changement, les programmes comportent désormais des horaires plus simples et plus précis,

» Deuxième changement, l'ambition retrouvée des programmes disciplinaires,

» Troisième changement, l'ouverture des élèves sur d'autres formes de connaissances,

» Quatrième changement, l'introduction de l'instruction civique et morale qui remplace l'éducation civique,

» Cinquième changement, la très forte cohérence donnée aux programmes de l'école maternelle, dont la finalité très clairement affirmée est de préparer les élèves à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul tout en conservant sa spécificité propre.

Et comme toujours, le Ministre de l’éducation avorte sa réforme pour avoir le mort-né qu’il appelle de ses voeux : 

- 1er Point : « Je n'imposerai aucune méthode particulière aux enseignants pour transmettre ces savoirs aux élèves, car ils sont les mieux placés pour connaître les capacités de leurs classes et choisir la méthode la plus appropriée pour les faire progresser ».

En clair : on ne change pas les méthodes éducatives.

- 2e Point : « l’école primaire doit rester garante de l’idéal républicain : permettre à chaque enfant de devenir, par l’instruction, un citoyen libre et éclairé ».

Arrêtons-nous un instant : Qu’est-ce que cet idéal républicain qu’il ne faut pas changer ?

Pour savoir ce qu’est un « citoyen libre et éclairé dans l’idéal républicain », il suffit d’écouter Jacques Attali. Il est en charge de la « commission pour la libération de la croissance » et, par conséquent, il est dans la même gouvernance que Xavier Darcos. Il déclare sans complexe (4) :

« Pour maîtriser les pulsions du peuple, il faut lui inculquer la peur de ne pas être dans la normalité. Pour cela on crée toute une série de structures et de paramètres de la normalité. Par cette ruse, on fait croire au peuple qu’il est libre, alors qu’on ne lui laisse que la jouissance de sa servitude. »

Pour Attali c’est le rôle des Compagnies d’assurance d’assurer cette normalité mais, en réalité, c’est bien évidemment l’école qui va créer ces conditions de la « servitude ». Et l’« instruction morale » que le Ministre introduit en primaire n’est certainement pas étrangère à une volonté de « servitude psychologique ». D’autant qu’il ne faut pas confondre « Instruction » et « Education » (5).

Autrement dit, l’ensemble du projet de réforme de Xavier Darcos peut se résumer en 3 points : 

1er : On a pris conscience des déficits pédagogiques (devant les résultats catastrophiques, on ne peut pas faire moins),

2e : On change la forme à travers des mots ronflants ventilés dans 5 paragraphes (on vous tranquillise),

3e : On garde le fond à travers le personnel pédagogique solidement formaté par l’obtention des diplômes, par les journées pédagogiques et par les contrôles académiques et l’on poursuit, en les accentuant, nos objectifs.

Bien entendu, pour justifier les « non-changements » dont les objectifs réels (et non avoués) conduisent à cette « servitude », on se réfugie derrière une barrière de vieilles rengaines (6) :

« L'échec scolaire est lié au milieu social ».

« La société est en mutation, et la famille aussi ; il nous faut nous adapter à cette mutation ».

« L'échec scolaire est lié à la famille qui empêche cette mutation, et non à la pédagogie scolaire qui la prépare ».

« Toutes les méthodes se valent ».

« Le b.a.ba, c'est ringard et la globale, c'est fini ».

« Pas question d'imposer une méthode aux enseignants et aux éditeurs ».

« Il faut apprendre à nos enfants à rentrer dans le moule ».

« Il n'y a rien à dénoncer dans l'école ».

Etc.

Il nous faut évacuer ces propos et regarder les causes des échecs scolaires dans ce qui crève les yeux :

1. Voila un exercice pour les petits de CM1 proposé dans un ouvrage recommandé par l’Education nationale, publié aux éditions « L’école des Loisirs » (7) :

« Remplace dans un texte connu des syllabes par des lettres :

- Il é-T une fois le petit Pou-C... »

- L-É-T-M-U (pour « Elle était émue »)

- L-N-É-A-3 (pour « Elle est née à Troyes », etc.


2. Voici un extrait de texte étudié en classe de seconde, tiré d’un manuel de littérature Hachette (Duffau-Pfirrmann) (7) :

« Trois filles, les seins à l’air, adossées au muret juste devant le petit pont de bois, prenaient l’air frais en papotant (...) Merde, a dit Farid, les connes, elles sont pas mal (...) Un des jeunes s’est jeté sur la fille et lui a mordu la poitrine, tchac, un grand coup de dents sur le bout des seins, elle a hurlé en mettant une baffe à son agresseur. Les autres jeunes criaient et rigolaient, vas-y Mouloud, sors-lui ta pine, ouarf, ouarf. Il y a eu une bousculade et les filles ont réussi à se dégager et à regagner l’extérieur, non sans s’être pris encore quelques mains au cul (...) »


3. Et enfin, voila le sujet demandé aux élèves de classes préparatoires pour 2007-2009 :

« Penser l’histoire » à partir de 3 œuvres choisis (Corneille : « Horace » ; Chateaubriand : « les mémoires d’outre tombe » ; Karl Marx, le « 18-Brumaire »).

Le site internet « magister » indique les directives auxquels sont soumis les élèves (8) : « Le choix des œuvres mises à notre programme élimine significativement le roman historique, privilégiant ainsi la pensée de l'histoire au détriment de son écriture. La nuance n'est pas mince, même si les genres concernés ont leur importance dans la façon dont nos auteurs proposent leur lecture de l'histoire : il s'agit de penser des faits sur lesquels s'échafaude une conception de l'État ou un mythe personnel capables de représenter le rôle que joue l'individu dans l'histoire ».

Une question vient aussitôt à l’esprit : pourquoi faut-il « penser l’histoire » plutôt que « chercher la vérité historique » ?

Comme le dit très justement Karl Marx dans son « 18-Brumaire » : "Les hommes font leur propre histoire [...] dans des conditions directement données et héritées du passé."

Autrement dit, c’est la connaissance de la « vérité historique » qui permet d’« éclairer l’action » ; l’avenir appartient à ceux qui connaissent le passé (9).

Au contraire, « penser l’histoire » transforme la « vérité historique » en « vérités abstraites »  qui ouvrent la porte, la « grande porte », à toutes les manipulations démagogiques.

Il ne faut pas se tromper, ces manipulations ne sont pas neutres. Elles sont de véritables barrières psychologiques.

Nous ne contestons pas les textes (qui présentent une certaine valeur) ; nous contestons les directives imposées pour les étudier : il s'agit de penser des faits sur lesquels s'échafaude une conception de l'État ou un mythe personnel capables de représenter le rôle que joue l'individu dans l'histoire.

En effet, écrit Hans J. Eysenck (10) : « la psycho-histoire n'a rien à nous offrir et ne peut rien nous offrir. Il est temps de reconnaître le fait que derrière un barrage de rhétorique, l’approche psychanalytique de l'histoire est – indéniablement - remplie de logique perverse, d'inexactitudes scientifiques et de naïvetés culturelles. »

Prenons l’exemple de Michelet lorsqu’il « pense l’histoire » dans une crise de délire démagogique : « Une idée se leva sur Paris avec le jour, et tous virent la même lumière. Une lumière dans les esprits et, dans chaque coeur, une voix : Va, et tu prendras la Bastille ! »

En réalité, la prise de la Bastille avait déjà été annoncée par Cagliostro dans sa « lettre au peuple français » datée de Londres le 20 juin 1786. Cette prise de la Bastille était donc organisée et prête plus de 3 ans avant le 14 juillet 1789. (11)

« En politique rien n'arrive par hasard. Chaque fois que survient un événement on peut être certains qu'il avait été prévu pour se dérouler de cette façon. » - disait Franklin Roosevelt.

Quels professeurs aujourd’hui pourraient se permettre d’enseigner que la prise de la Bastille fut l’objet d’une longue préparation pa un petit groupe d’individus ? - D’autant qu’il leurs faudrait répondre : par qui et pour quel profit ? Et trouver les réponses dans l’entourage de Cagliostro. Puis, lorsqu’ils tiendront la chaîne, il leurs faudra encore la dérouler pour trouver ce qu’il y a au bout...

Sont-ils libres de dérouler la chaîne ? – La réponse est NON.

- NON, par le conditionnement exigé pour l’obtention des diplômes,

- NON, par les habitudes de penser - Proust va même jusqu’à affirmer que « l’habitude [de penser] est une seconde nature » (12),

- NON, par la surveillance académique qui ne le tolererait pas.

Dans quelle République vivons-nous ? – Dans celle « du bon peuple qui se réveille le matin avec une idée » (Michelet) ou dans la « mise en servitude du bon peuple par une oligarchie » (Attali).

La lettre de Cagliostro donne raison à Attali.

La mainmise est totale :

- Perte de tout esprit d’analyse dans le Primaire (Il é-T une fois le petit Pou-C...),

- Perte de tous repères et de toutes valeurs dans le Secondaire (vas-y Mouloud, sors-lui ta pine),

- Perte de tout esprit critique dans le Supérieur (Va, et tu prendras la Bastille !)

Les directives qui parquent le corps professoral dans les pires contraintes du « politiquement correct » et qui libèrent de tels programmes dits « pédagogiques » montrent bien qu’elles appartiennent à la série des « structures et paramètres » propres à conduire des élèves suffisamment crétinisée pour trouver leur « propre jouissance dans la servitude (4) ».

Et cette révolution, « qui doit être silencieuse pour être efficace, ne dit pas son nom, et marche dans l'ombre. De quoi ont été "débarrassés" ses "membres" ? Comme nos enfants : de la pensée analytique, de la perception fine du temps, de la conscience individuelle. Qui peut se laisser volontairement dépouiller de ces attributs d'homme libre ? Ne serait-il donc pas plus exact de reconnaître en eux, comme chez nos enfants, des victimes plutôt que des disciples ? Et ces victimes, transformées à leur insu en conspirateurs, rechercheraient le pouvoir ... pour le remettre à d'autres. C'est bien la preuve qu'ils sont agis et non acteurs. A qui devront-ils remettre ce pouvoir ? A des forces qui attendent sans doute que leur travail soit irréversible, pour se montrer à découvert ». (3)

Ce mécanisme est si intelligemment élaboré que l’on peut y lire le machiavélisme de Voltaire :

« Le Nil, disait-on, cachait sa tête et répandait ses eaux bienfaisantes, faites-en autant, vous jouirez en secret de votre triomphe ».

Mais rien n’est jamais définitif.

Comme le disait encore Voltaire :

« Mon empire est détruit si l’homme est reconnu »

« A travers les apprentissages, c'est la personnalité que l'on construit : apprendre à percevoir le monde environnant, à mémoriser et à analyser, c'est devenir capable de réfléchir, de faire des choix, de prendre des responsabilités. C'est devenir libre. »



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(1) Présentation des nouveaux programmes du primaire - Discours de Xavier Darcos 20/02/2008 sur le site http://www.education.gouv.fr/cid21007/presentation-des-nouveaux-programmes-du-primaire.html 

(2) L’O.C.D.E indique 40% de personnes, qui, après dix à douze ans d'école [en  France], ne savent toujours pas lire, ni écrire, ni compter correctement.

Elisabeth Nuyts précise dans son livre l’école des illusionnistes (voir ci-dessous) : « Les jeunes qui quittaient l'école avec un certificat d'étude savaient lire, il n'y avait pour ainsi dire plus d'analphabètes en France, et notre pays comptait parmi les plus cultivés d'Occident. Nos pédagogues, s'étant enrichis de siècles d'expériences passées, avaient été aussi discrets qu'efficaces. Or voilà que maintenant, alors même que les recherches sur le cerveau ont considérablement avancé, et que nous avons confié tout notre enseignement à des experts en éducation, nous avons, nous Français, 40% d'illettrés recensés par l'O.C.D.E., 40% de personnes, qui, après dix à douze ans d'école, ne savent toujours pas lire, ni écrire, ni compter correctement. Ce paradoxe a de quoi surprendre. Est-ce le résultat d'erreurs sans précédent, de méconnaissance réelle des lois du cerveau, de soumission aveugle à des théories irréalistes, ou perverses ? Quoi qu'il en soit, les résultats sont là : nos enfants ne lisent ni ne raisonnent plus comme nous, et 40% d'entre eux vont éprouver de grandes difficultés à s'insérer dans une société dont la culture n'est plus, et depuis fort longtemps, une culture orale. Avant de leur reprocher leurs difficultés d'insertion, regardons d'abord si l'école, qui dévore le plus gros budget de France, leur a fourni les moyens d'occuper une place décente dans notre société.

(3) L’école des illusionnistes par Elisabeth NUYTS, chercheur en pédagogie ; autoédition, juillet 2000. Renseignements et commandes à : M. VAILLE, 66, rue Azalaïs d'Altier, 34080 Montpellier, tel : 04 67 10 98 11.

(4) Emission de FR3 « ce soir ou jamais » du 27 février 2008. http://www.dailymotion.com/relevance/search/attalli/video/x4n042_docle-gouvernement-mondialle-grand_politics

Cette émission déjà été citée dans l'étude « de l’Europe au mondialisme : avaries ou naufrages ? » sur le site : http://www.dies-irae.fr/etudes-n3-de-europe-au-mondialisme-avaries-ou-naufrage.html

(5) Dans le contexte des réformes de « l’Education nationale » qui passent systématiquement sous silence « l’Education », on peut évoquer l’histoire russe suivante : « un paysan alla visiter le zoo. Revenu chez lui, il raconta qu'il avait tout vu dans le zoo, même les insectes. "Et à quoi ressemble l'éléphant ?" demanda un enfant... "Je n’ai pas remarqué l'éléphant" répondit le paysan ! ». – "L’Education nationale", ayant oubliée l’éducation, ne devrait-elle pas s’appeler "l’Instruction nationale" ? – Bientôt même, si l’« Instruction » n’est plus assurée, comme le note l’OCDE, et si la « nation » a disparu, comment devra-t-on l’appeler ? - Ne serait-ce pas l’« usine à lobotiser » ?

(6) « Dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, troubles de la mémoire, préventions et remèdes » par Elisabeth Nuyts, auto-édition -  Renseignements et commandes à : M. VAILLE, 66, rue Azalaïs d'Altier, 34080 Montpellier, tel : 04 67 10 98 11.

(7) Cités par SOS-Education, 8, rue Jean-Marie Jégo 75013 PARIS – Tel : 01 45 81 22 67 / www.soseducation.com

(8) Voir le site : http://www.site-magister.com/prepas/

(9) Selon l’équation : analyse du passé + connaissance du présent = compréhesion du futur. Il est alors possible d’influer sur l’avenir.

(10) « Déclin et chute de l’Empire freudien » par H.J. Eysenck ; traduit de l’anglais par Hélène Peters ; F.-X. de Guibert ; 1985. Hans J. Eysenck occupa la chaire de Psychologie expérimentale de l'Université de Londres. Il a également été professeur à l'Université de Pennsylvanie et à celle de Californie. Il est bien connu pour ses études sur le comportement et la personnalité. Nous vous recommandons son excellent livre.

(11) "Tout le peuple Français est contre nous, dit Robespierre au Club des Jacobins. Notre seul espoir repose sur les citoyens de Paris. Non ! répondit Desfieux : même à Paris nous serions mis en minorité, si le vote était secret." (Buchez et Roux "Histoire Parlementaire", vol. XX, p. 300)

(12) Une allégorie saissisante est donnée dans la légende d’Hercule lorsqu’on est amené à s’arracher de la « pensée unique » qui nous habille :

Déjanire, femme d'Hercule, jalouse de ce que le héros avait enlevé Iole, fille du roi Kurythus, lui envoya la robe teinte du sang de Nessus, sang empoisonné par la flèche dont Hercule avait fait périr le Centaure. Celui-ci, en mourant, avait légué sa robe à Déjanire, en lui affirmant que, si son mari lui devenait infidèle, cette tunique aurait la vertu de le ramener à elle. Hercule ne l'eut pas plus tôt revêtue que le poison dont elle était imprégnée lui brûla les chairs, qui se détachaient à mesure qu'il essayait d'arracher la fatale tunique. Il en mourra. On dit, à ce sujet, que Zeus le ravit à la Terre et, l’ayant transporté dans l'Olympe, lui accorda l'apothéose et l'immortalité.

Voir également l’article « La dictature intellectuelle : cacouacs ou piapiams ? » sur le site : http://www.dies-irae.fr/etudes-n9-la-dictature-intellectuelle-cacouacs-ou-piapiams.html

Image extraite du site : http://ruehautevilleadaix.unblog.fr/2008/03/21/

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