| Crise financière : maintenant que les spéculateurs se sont enrichis, aux contribuables moyens de payer ! | |
| # Economie | Le 26 septembre 2008 à 17h25 |
Loin d’être une diatribe gauchisante contre un système « libéral-libertaire [1] » que la gauche a d’ailleurs elle-même alimenté, il est clair que la facture du plan Bush de 700 milliards de dollars présenté aux contribuables américains est le résultat de placements spéculatifs aventureux opérés en majorité par des institutions financières mondialistes. Le gouvernement américain est complice de la faillite de son système. Mais il le paiera sûrement un jour.
Ces accusations violentes vous semblent peut-être précipitées. Elles sont tout simplement le fruit d’une analyse inspirée de celles de deux prix Nobel d’Economie : Joseph Stiglitz [2], américain et … Maurice Allais [3], seul prix Nobel d’économie français encore vivant [4]. Contrairement à ce que nous pourrions penser, les économistes sont parfaitement capables de prévoir les périodes de crise et de croissance. Tout comme Irvin Fischer ou Clément Juglar pour la crise de 1929, J. Stiglitz et M. Allais avaient anticipé les prémices de cette crise. Mais leurs prévisions desservaient une certaine « oligarchie » mondialiste et financière. Il fallait donc les faire taire. Nous voulons aujourd’hui nous faire leur porte-parole. M. Allais introduit son analyse en reprenant une citation de C. Juglar de 1860 : « Les crises commerciales sont le résultat d’altérations profondes dans le mouvement du crédit… Qu'est-ce que le crédit, le simple pouvoir d'acheter en échange d'une promesse de payer ? ... La fonction d'une banque ou d'un banquier est d'acheter des dettes avec des promesses de payer... La pratique seule du crédit amène ainsi, par l'abus qu'on est porté à en faire, aux crises commerciales. Le crédit est le principal moteur, il donne l'impulsion ; c'est lui qui, par la signature d'un simple effet de commerce, d'une lettre de change, donne une puissance d'achat qui paraît illimitée... Ce qui favorise le développement des affaires et la hausse des prix, c'est le crédit... Chaque échange d'un produit donne lieu à une nouvelle promesse de payer... » [5]. La crise que nous connaissons actuellement n’est ni plus ni moins que la simple réalisation de cette analyse plus que centenaire... Pour être plus précis dans le déroulement de sa réalisation, nous allons reprendre l’analyse de M. Allais. Il définit le crédit comme « la création de monnaie ex nihilo » [3]. La banque crée de l’argent qu’elle octroie ensuite à un agent économique. L’agent se trouve donc en possession d’une « encaisse disponible » supplémentaire sans qu’il ait eu à produire de richesse en contrepartie. « Pour les bénéficiaires du crédit, il y a effectivement quelque chose de miraculeux dans le mécanisme du crédit puisqu’il permet de créer ex nihilo un pouvoir d’achat effectif qui s’exerce sur le marché sans que ce pouvoir d’achat puisse être considéré comme la rémunération d’un service rendu » [3]. La société étant détentrice de plus de liquidités, la demande s’accroît, les prix avec. Là est le vice de ce système : on crée une demande artificiellement, qui fait augmenter les prix alors qu’aucune richesse supplémentaire n’a été véritablement créée. Les achats se multiplient, comme les prix montent, les profits avec. L’opération ayant réussi une fois, on l’a renouvelle. Les spéculateurs ont tout intérêt à le faire car si un bien vaut 100 et qu’ils le revendent 120 alors qu’ils ont emprunté 100 et qu’ils doivent rembourser 105, leur profit s’élève à 15. La dette permet un effet multiplicateur : pour la même opération si leurs disponibilités propres sont de 100, elles leur permettent d’emprunter 50, leur profit sera de 20 + 10 (50 x 20%) – 2,5 (charges d’intérêt) soit un gain de 27,5 au lieu de 20. Ce type de calcul fonctionne tant que les banques octroient des crédits supplémentaires et que l’agent économique trouve une contrepartie. Le problème est que les banques ne peuvent pas prêter indéfiniment. Elles peuvent refuser de prêter de l’argent à un agent économique soit parce qu’elles craignent qu’il fasse défaut dans le remboursement de l’emprunt, soit parce qu’il devient moins intéressant d’emprunter pour les spéculateurs [6]. Or si les banques ne prêtent plus, le circuit spéculatif s’arrête. Si le circuit spéculatif s’arrête, tout explose : on ne peut plus rembourser ses emprunts ; les banques manquent de liquidités (et ne pas pouvoir permettre à ses clients de retraits d’argent), voire devenir insolvable et donc tomber en faillite. La faillite d’une banque peut être extrêmement grave puisque leurs clients ne peuvent donc plus récupérer l’argent qu’ils ont mis en dépôt. Elle peut donc entraîner avec elle des secteurs industriels complets mais aussi et surtout des familles entières (mais ceci n’entre pas dans les paramètres décisionnels des autorités mondialistes). Plus un établissement bancaire est important,plus il oblige l’Etat à intervenir, au nom de l’adage : « Too big to fail » : trop importante pour faire défaut. C’est ce qui justifie l’intervention de l’Etat, d’où le plan de G. W. Bush estimé à 700 milliards de dollars, discuté en ce moment au Congrès américain. Il vise à donner autorité au gouvernement pendant deux ans pour récupérer tous les actifs douteux. Qui a-t-il à retenir de cette crise ? Comme le rappelle J. Stiglitz, « le dopage [artificiel de l’économie] a été encouragé par la Fed qui a maintenu une politique d’argent bon marché » [2]. L’origine de la crise est donc le « total manque de régulation » [2] des autorités politiques et monétaires. Ce manque de régulation a facilité un mouvement spéculatif déjà observé lors de la crise asiatique de 1997 et de la crise boursière de 1929. Peut-être faut-il aller plus loin que J. Stiglitz ou M. Allais ? Si les gouvernants ne régulent pas ce système financier, c’est qu’eux ou d’autres ont probablement intérêt à ce qu’aucune régulation n’existe, voir sur ce point les activités de Georges Sorros, roi de la spéculation qui partant de rien, a bâtie un empire de 7,2 milliards de dollars. Cet homme est célèbre pour avoir, en septembre 1992, provoqué le krach de la Banque d’Angleterre, l’une des institutions les plus fiables du monde, et pour avoir spéculé contre toutes les grandes monnaies, entraînant la ruine de nombreux épargnants. Si la régulation n’existe pas, les spéculateurs pourront, plus tard, recommencer à s’enrichir lorsque la situation sera assainie. Car au final, sauf pour certains [7], ils n’auront pas fait faillite. Comme le plan Bush le montre, c’est au contribuable que l’on présentera la facture. Les spéculateurs se sont enrichis et les paris qu’ils ont perdus sont rachetés par l’Etat américain, lui-même en faillite. Mais pourquoi s’arrêter là ? Pourquoi ne pas développer ce modèle à l’échelle monde ? Car si on est un organisme financier mondialiste américain, on sait qu’aucun pays au monde n’a intérêt à laisser les Etats-Unis tomber en faillite. Moteur de la croissance mondiale, la perte de valeur du dollar serait catastrophique pour le système financier mondial. Si les Etats-Unis s’écroulent, le reste du monde aura moins à perdre à refinancer l’économie américaine qu’à la laisser s’écrouler. C’est pourquoi les oligarques financiers mettent tant de volonté à imposer leur vision mondialiste. Si le système financier s’écroule, il sera refinancé ; et une nouvelle fois ils se seront enrichis avec un risque de perte limité que paieront les contribuables du monde entier. Un paramètre leur a échappé : comme le rappelle J. Stiglitz, « l’importance de l’économie asiatique est amenée à se développer. Un transfert de puissance économique est en train de s’opérer » [2]. Autrement dit et comme le résume très bien le titre de l’ouvrage de Jacques SAPIR : Le nouveau XXIème siècle. Du siècle "américain" au retour des nations [8], l’économie mondialiste sera amenée à disparaître. Les nouvelles puissances montantes (Chine, Inde, Russie, Japon, …) ont intérêt à faire disparaître l’idéologie mondialiste. A nous, Dies Irae en particulier, à rester éveiller lorsque ce moment arrivera pour orienter la France vers une politique qui aurait toujours du être la sienne : défendant le pragmatisme et l’économie créatrice de richesses au service de la société [9]. --------------------------------------------- 1 : Expression assez juste de Jean-Pierre Chevènement qui fit scandale en 1999. L’expression complète est : l’idéologie « libérale-libertaire des élites mondialisées » 2 : Tous les propos repris de J. Stiglitz provienne de l’entretien qu’il a accordé le 22 septembre 2008 au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung intitulé : L’Etat américain est responsable. Nous nous excusons par avance pour les traductions qui pourraient être approximatives. 3 : Nous allons utiliser l’analyse que Maurice Allais a publié dans le Figaro des 12, 19 et 26 octobre 1998 dans les rubriques « Opinions ». Malgré l’ancienneté de ce texte, il reste pleinement d’actualité. Il est d’autant plus surprenant qu’il proposait déjà à l’époque des réformes pour pallier à ce genre de crise. 4 : Aussi surprenant que cela puisse paraître, la France a un prix Nobel d’économie vivant. Mais sa position extrêmement « politiquement incorrecte » l’écarte de tout média. 5 : in Clément Juglar. Des Crises commerciales et leur retour périodique. 1860. 2ème édition, 1889 6 : C’est le cas notamment lorsque la banque centrale décide une hausse des taux d’intérêt directeur afin d’éviter une trop grosse surchauffe de l’inflation (au risque d’aboutir à une hyper inflation à l’image de celle qui s’est passée en Allemagne en 1923). 7 : Les banques d’affaires comme Lehman Brothers ou Merryl Linch par exemple. 8 : Livre publié en mars 2008 au édition du Seuil. 9 : Nous apporterons les précisions sur une politique économique efficace dans un prochain article. |
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