Elections Italiennes, un modèle pour la France ?
 # Politique # International Le 22 mai 2008 à 15h02 
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La large victoire de Silvio Berlusconi, chef de la coalition des droites, lors des Législatives de fin avril, a marqué le retour du « Cavaliere » et de la droite italienne au pouvoir, après seulement 2 ans d’absence. Vue de France, la situation est inédite, tant la droite italienne semble décomplexée par rapport à l’UMP. Il est vrai que Berlusconi nous change de Sarkozy, le premier s’alliant avec la Ligue du Nord et comptant des « néo-fascistes », à peine repentis pour alliés, alors que le second, ouvre son gouvernement à la tourbe gauchiste. Nous mesurons, à cette situation, la différence entre les soeurs latines que sont la France et l’Italie, et nous ne pouvons que constater le degré d’intoxication de la population française. Pour autant, la victoire de la droite italienne est-elle porteuse d’espoir, au-delà de l’imagerie véhiculée par les médias ?

Que n’a-t-on pas lu ces trois dernières semaines dans la presse française sur la victoire de la Maison des Libertés, coalition des droites italiennes, aux Législatives ? L’Italie était hantée par ces vieux démons, la campagne avait été marquée par les questions de sécurité et d’immigration. Et, plus que tout, la Ligue du Nord, le mouvement identitaire de l’Italie du Nord doublait son nombre de voix par rapport aux législatives de 2001. A cette catastrophe annoncée, s’ajoutait une semaine plus tard, le triomphe de Gianni Alemanno, candidat du parti de Berlusconi, le Peuple de la Liberté, à la mairie de Rome, laquelle n’avait plus été à droite depuis 1943. Ce séisme, inimaginable en France, où la Droite Nationale est en lambeaux et le sarkozisme une vaste escroquerie pour société du spectacle dégénérée, est riche d’enseignement.

Nous pouvons constater qu’une union des droites est possible, puisque le Peuple de la Liberté de Berlusconi, force de Centre-droit d’inspiration libérale s’est alliée avec la Ligue du Nord d’Umberto Bossi, mouvement identitaire et régionaliste du Nord de l’Italie fondé à la fin des années 1980, et dont les positions ont glissé, d’un régionalisme agressif appelant à la scission de l’Italie à la défense de l’identité du Nord de la péninsule et à une attaque en règle de la politique d’immigration. A cette alliance s’ajoute Alleanza Nationale, de Gian Franco Fini, ancien parti néo-fasciste, renégat mais comptant en ses rangs des personnalités refusant les compromis autres que tactiques.

Si les résultats de la formation du « Cavaliere », n’ont pas augmentés depuis 2001, en revanche ceux de la Ligue du Nord ont enregistrés un bond spectaculaire, la Ligue est passée de 4.2% , à 8.6% des suffrages, gagnant près d’un million de voix supplémentaires. Cette victoire est révélatrice des tensions liées à l’immigration, durement ressentie par la société italienne. Celle-ci provient principalement des Roms d’Europe centrale, et comme en France, est vecteur de crimes et délits en tout genre. A cette opposition à la politique immigrationniste s’ajoute la crise économique qui frappe les riches régions de l’Italie du Nord, Lombardie, Vénétie, Frioul, bastions de la Ligue et dont le tissu de petites et moyennes entreprises est menacé par la concurrence induite par l’ouverture à l’Est. Ces raisons ont fait le succès de la Ligue, qui réalise des scores de 20% et plus dans ces bastions. Son faible score dans le Sud ne traduit que la coupure régionale forte, existant dans le pays, le Mezzogiorno, goûtant peu les critiques acerbes du Nord, préfère porter ses suffrages sur la Droite sociale, généralement néo-fasciste et adepte d’un Etat fort et unitaire. Ce courant, aujourd’hui faible en raison de multiples divisions, garde cependant des ancrages forts à Naples, en Sicile et dans la région de Rome.

La victoire de Gianni Alemanno à Rome constitue un autre enseignement de ce scrutin. La droite de conviction peut gagner dans une grande ville, si celle-ci n’a pas été livrée à une boboisation effrénée. Rome, à l’inverse de Paris ou Londres, compte nombre de quartiers populaires dont la population a votée pour Alemanno. Ainsi la gauche, qui tenait la ville depuis 15 ans avec Walter Veltronni a perdu la « Ville Eternelle » malgré son avance confortable à l’issue du premier tour. Ce triomphe inatendu a suscité l’effroi de nos médias, en raison de la personnalité du nouveau maire.
Alemanno, est en effet loin d’être consensuel. Ancien dirigeant du Fronte de la Gioventù, l’organe de jeunesse du MSI, celui-ci a été pendant plus de dix ans un militant de choc de la cause nationaliste, payant de sa liberté, son engagement( 8 mois de réclusion pour le jet d’un cocktail molotov sur l’ambassade d’URSS). Rallié à Fini et à l’Alliance Nationale, qui a rompu avec l’héritage Mussolinien, Alemanno incarne l’aile dure du mouvement ainsi que des positions hostiles au libéralisme. Il est par ailleurs le gendre du leader néo-fasciste jamais repenti Pino Rauti, fondateur du Mouvement Social Fiamma Tricolore. Ainsi les Romains se sont-ils dotés d’un maire qui sent le souffre, d’autant qu’au soir de sa victoire une forêt de bras tendus a accueillis les résultats. Malgré son recentrage et l’abandon des références au fascisme, beaucoup d’observateurs Italiens considèrent qu’Alemanno est resté fidèle à ses convictions, et n’a modéré son discours que par stratégie. Il est encore un peu tôt pour se prononcer mais sa prise de position claire contre la tenue de la gay-pride à Rome va dans le bon sens.

Que devons-nous penser de ces résultats ? Tout d’abord, bien qu’étant voisin, l’Italie est un autre monde. Imaginez en France une victoire électorale dans la capitale fêtée par des saluts romains… , la police interviendrait pour arrêter tout le monde, ils empêchent déjà de rendre un hommage silencieux à nos morts, alors là… Nous devons bien concevoir qu’en Italie, exhiber une croix celtique ne pose de problèmes à personne, sauf à la gauche, voire, n’oublions pas que la mairie communiste de Predappio, à permis la transformation de la maison natale du Duce en musée. De même, aux obsèques de Giorgio Almirante, fondateur du MSI, se trouvait le chef du Parti Communiste Italien. Verra-t-on Buffet aux funérailles de Jean-Marie Le Pen, lorsque celles-ci auront lieu ?
Cet état d’esprit explique sans doute la différence entre les électorats français et italien. Ce dernier est beaucoup plus sensible aux thèmes de l’identité, et aux dangers de l’immigration pour l’Italie. En France, les élections depuis un an le montre, le FN n’arrive plus à fédérer derrière ses idées. Certains ambitieux pensent qu’il s’agit de sanctionner les errements du Front, alors que se sont les Français qui se sont éloignés de ces thématiques (une étude de 1990 montrait que 66% des Français pensaient que l’immigration était un danger, ils étaient 35% en 2003).
Ces beaux résultats sont-ils porteurs d’espoir ? Beaucoup de médias de la Droite Nationale Française ont vu un changement clair pour l’Italie. Nous devons nous montrer prudents, et nous souvenir que Berlusconi n’est qu’un Sarkozy avec plus de conviction et de courage. Le « Cavaliere » a été aux affaires de 2001 à 2006, sous son gouvernement, l’immigration a continué d’augmenter, l’Italie s’est alignée sur la politique américaine, le libéralisme économique a poursuivi ses ravages, le Traité européen a été voté au Parlement. Il faut aussi noté que les membres d’Alliance Nationale de Fini siègent avec les députés UMP à Strasbourg. Même en conviant à des élus de la Ligue du Nord les postes clefs de l’Intérieur et de la Justice, et en promettant de s’attaquer à l’immigration, ce qui est un progrès, Berlusconi reste loin du modèle que Dies-Irae préconise. Il demeure un libéral économique et un partisan de l’alliance américaine, et plus que tout un opportuniste. Saluons cependant son alliance avec les forces de la droite identitaire Italienne, et surtout l’esprit de résistance du peuple Italien, bien plus fort que chez nous. Gardons-nous de trop d’optimisme est attendons de voir pour juger. Espérons surtout que la Droite de conviction ne fera que progresser.
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