| Le fondement de la légitimité du pouvoir | |
| # Politique # International | Le 18 décembre 2007 à 23h07 |
Le meurtre affreux d’Anne-Lorraine Schmitt est le signe effroyable d’un Etat qui ne répond pas à l’une de ses principales prérogatives: la défense des plus vulnérables de ses citoyens. Malheureusement, ce constat affligeant de soixante années de gouvernement du système ne se limite pas à cela : les racines chrétiennes de la France sont reniées, les lois contre nature inondent notre législation, la déliquescence de notre identité est favorisée, l’histoire nationale est bafouée, l’invasion des populations allogènes extra-européennes facilitée, l’économie française ruinée, et tant encore ! Ce rapide aperçu désastreux soulève inévitablement la question de la légitimité d’un tel gouvernement.
Pour répondre à cette question, il nous faut d’abord comprendre ce qui rend une loi juste. La valeur d’une loi se fonde sur le principe qui la justifie : la légitimité. « C’est par moi (la Sagesse divine) que règnent les rois et que les législateurs ordonnent ce qui est juste ; par moi que les princes commandent et que les puissants rendent justice » (Prov., VII, 15-16). C’est sur ces propos que Saint Thomas d’Aquin rappelle les trois conditions indispensables d’une loi juste : « qu’elle soit portée en vue du bien commun, qu’elle n’excède pas l’autorité du législateur, qu’elle répartissent les charges sur tous les sujets proportionnellement aux forces de ceux-ci et aux exigences du bien commun » (1). Puisqu’une loi peut être injuste alors que son gouvernement est légitime, ou bien juste alors que l’autorité politique est illégitime, se pose ensuite la question de la légitimité d’un gouvernement. L’Etat est une institution de l’ordre naturel. « Aucune institution sociale, après la famille, ne s’impose aussi fortement, aussi essentiellement que l’Etat. Il a sa racine dans l’ordre de la création et il est lui-même un des éléments constitutifs du droit naturel » (2). Jean Daujat, dans L’ordre social chrétien, rajoute : « L’homme n’accède à la civilisation, c’est-à-dire au complet développement de sa vie humaine sur la terre, qu’en se soumettant au bienfait nécessaire de la souveraineté de l’Etat ». Toute société humaine exige la présence d’une autorité. Mais la nécessité d’une autorité politique n’implique pas que tout pouvoir soit légitime ; la légitimité n’est pas la propriété d’une famille pas plus qu’elle ne saurait être incarnée par un homme, même élu par suffrage. La légitimité ne dépend pas non plus du type de régime, car elle est toujours attachée au pouvoir réel : « La légitimité de l’autorité politique repose sur sa capacité à assurer effectivement et à maintenir de manière durable un authentique ordre pacifique de vie civilisée pour tous les citoyens dans tout le domaine où s’exerce sa juridiction »(3). Médiatrice du bien commun entre les hommes et les communautés, telle est l’essence de l’autorité. L’idée de bien renvoie en fait à tout ce qui concourt à la véritable fin de l’homme. L’adjectif commun appelle à la fois la notion de communauté du bien et le bien de la communauté, exprime le souci d’assurer la vie, le progrès et la protection de la communauté. Louis Dauménie, dans ses Cahiers de l’Ordre Français, définit clairement les limites de la légitimité d’un gouvernement : « L’Homme ne pouvant vivre qu’en société et la société ne pouvant exister sans autorité, il convient de reconnaître un préjugé favorable de légitimité au pouvoir de fait […]. L’aspect de l’ordre qu’il établit est en soi préférable à l’anarchie, à moins que le gouvernement en question ne contienne un passif de désordre plus lourd que son actif d’ordre ». Marcel Bigne de Villeneuve rajoute, dans sa Lettre aux constituants, « la doctrine du bien commun, en même temps qu’elle auréole l’autorité du chef, la limite. […]. Elle est la meilleure expression du principe immuable qui est le fondement du développement de la grandeur et de la durée de tous les groupes naturels et sans lequel il n’y a ni police, ni Etat, ni Nation ». Saint Thomas d’Aquin rajoute : un pouvoir est illégitime quand il promeut « une législation non conforme à la juste raison, d’où il apparaît que la loi tient sa vigueur de la loi éternelle. Dans la mesure où elle s’écarterait de la raison, il faudrait la déclarer injuste, car elle ne vérifierait pas la notion de loi, elle serait une forme de violence » (4). Si des injustices et des atteintes à la vie innocente se commettent impunément, si les mauvaises mœurs règnent sans sanctions, si les activités bonnes sont entravées, si des individus sont abandonnés sans sécurité, exploités voire persécutés, on ne peut plus parler de légitimité. Moralement, il existe donc une limite au-delà de laquelle l’autorité peu perdre tout droit à l’obéissance… ——————————————————— 1 - Somme théologique, Saint Thomas d’Aquin, I-II, Q. XCVI, art. 4 2 - Pie XII, congrégation des Sciences administratives, 5 août 1950 3 - L’ordre social chrétien, Jean Daujat 4 - opus cit. |
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