Famille nombreuse, enfants heureux ?
 # Société Le 23 novembre 2007 à 15h10 
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Le jeudi 15 novembre paraissait le dernier ouvrage de l’INSEE, France portrait social 2007 ; l’une de leurs analyses explique qu’être issu d'une famille nombreuse peut dans certains cas réduire les possibilités d'ascension sociale. Alors que la France souffre cruellement d'un faible taux de natalité, ce constat marginalise une fois de plus les familles nombreuses en les présentant comme un frein social.
«On peut se demander si, et dans quelle mesure, provenir d’une famille nombreuse constituerait un “handicap” social.» C’est ainsi que Dominique Merllié et Olivier Monso entame le chapitre V  : la destinée sociale varie avec le nombre de frères et soeurs. Dans ce rapport, hautement instructif ! les auteurs expliquent que les enfants des familles nombreuses ont peu, voire très peu, d’avenir social : plus la fratrie est développée, plus ses membres seront «socialement désavantagés» et donc malheureux. Ne nous laissons d’ailleurs pas tromper par le terme «famille nombreuse» : exit les multiples frimousses que le mot « nombreux» pourrait sous-entendre, non ! une famille nombreuse est une famille de 3 enfants. Au-delà parlez de famille « très nombreuse», comme le souligne le rapport du DREES (Direction de la recherche, des études,de l'évaluation et des statistiques) "Les familles vivant avec trois enfants ou plus sont qualifiées de familles «nombreuses» et celles vivant avec quatre enfants ou plus, de familles «très nombreuses*».
Au risque de paraître déjà hors normes, voire anormaux, les parents de ces familles nombreuses ou plutôt très nombreuses semblent confrontés aujourd’hui à un nouveau problème, que l’INSEE -merci à lui- porte à leur conscience : plus ils auront d’enfants, moins ceux-ci auront de destinée sociale réussie. Quid alors de leur bonheur qui n’est autre aujourd’hui que la réussite professionnelle : être «cadre ou profession intermédiaire», est le nirvana de cette «destinée sociale».
Certaines raisons invoquées pour établir cette triste conclusion n’en sont pas moins incohérentes :
Les conditions matérielles étant réduites, les enfants ne peuvent bénéficier ni d’une chambre indépendante pour travailler, ni de soutien scolaire, ce qui affecte leur possibilité de réussite scolaire ; échouant à l’école, et sans diplôme comment pourront-ils prétendre aux places de «cadre ou profession intermédiaire», synonymes de réussite ?
L’éducation ensuite, souvent plus rigide dans les grandes fratries, est défavorable à un bon développement intellectuel ! «un ordre éducatif contraignant peut correspondre au défaut des conditions matérielles qui rendraient possible une structuration plus souple et plus négociée de l’environnement éducatif, qui apparaît plus favorable au développement intellectuel.»

Quelle ironie ! à l’heure où la jeunesse française est plus que jamais individualiste, conformiste et en manque de repères, ces spécialistes (autoproclamés !) en partie responsables, continuent à prodiguer leurs conseils !
D’autre part, depuis quand le bonheur se mesure-t-il à la réussite professionnelle, au confort et à l’argent ? Plusieurs siècles de valeurs éducatives qui ont emmené des millions de jeunes à exercer des professions souvent pénibles ont ainsi été balayés d’un revers de main par l’idéologie dominante post soixante-huitarde.

Heureux monde capitaliste où félicité rime avec monnaie !



* Les familles nombreuses représentent en 2005 18.8 % des familles comprenant au moins 1 enfant (à peu près stable depuis 1975). Les familles très nombreuses, 4.1% (contre 12% en 1975). Les familles de 5 enfants et plus, 0.8%.
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