Remaniement ministériel
 # Politique Le 11 août 2009 à 16h30 
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Suite aux résultats des élections Européennes, le gouvernement de François Fillon a subi un remaniement le 23 juin dernier. 

En guise d'avant-propos, il convient de rappeler qu'en soi, les ministres de la présidence Sarkozy n'ont que peu de pouvoirs, voire même aucun, sans parler du premier d'entre eux, qui bon gré mal gré, se voit contraint d'endosser les habits d'un vice-président américain. La réalité du pouvoir ainsi que les prises de décisions se déroulent en coulisses entre le Président et ses conseillers (Jean Daniel Levitte, Claude Guéant, Claude Goasguen etc…).  Par conséquent, le seul critère de nomination des ministres repose sur "le capital sympathie" qu’ils inspirent aux "spectateurs-électeurs": hier les compétences, aujourd'hui l'image et les sondages. Autant dire que sur le fond, il y a peu de changements à attendre.

Cependant, l'image que renvoie ce nouveau gouvernement en dit long sur la société actuelle tant il en est le fidèle reflet: « miroir, mon beau miroir », à quoi ressemble t'elle? 

Elle est tout d'abord diverse: Rachida Dati étant partie, sous la contrainte, en exil à Bruxelles, elle fut aussitôt remplacée par une autre femme issue d'une "minorité visible" prénommée Nora Berra: l'équilibre est rétabli, l'honneur est sauf. D'autres femmes se sont faites remarquer, certaines parce qu'elles furent brillamment reconduites, telles N.Morano ou encore R.Bachelot-Narquin, d'autres au contraire parce qu'elles furent, comme Ch.Boutin, poliment remerciées. A cet égard, l'exemple de ces trois femmes est riche d'enseignements: les deux premières sont adulées et encensée par bon nombre de réseaux communautaires, et notamment les réseaux pro-homosexuels, suite à leurs déclarations favorables tant au mariage homosexuel qu'à l’adoption par des couples du même sexe. En l'espèce, Madame Bachelot se situe à l'avant-garde du mouvement, puisqu'elle fut la seule à droite, dés 1998, à défendre le PACS élaboré, à l'origine, pour être un succédané du mariage hétérosexuel à l’intention des couples homosexuels. Ch. Boutin, en revanche, se situe sur ces mêmes questions à l'exact opposé des deux premières. Et pourtant ces trois femmes ont en commun d'être catholiques pratiquantes, ainsi qu'elles aiment à le répéter, ce qui en toute bonne logique devrait s’en ressentir tant dans leurs valeurs que dans leurs paroles et leurs actes. Or, à en juger par l'attitude de Mesdames Morano et Bachelot, il semblerait qu'elles pratiquent un catholicisme "à la carte", bien éloigné du dogme officiel de l'Eglise… En revanche, Madame Boutin, en se prononçant comme elle le fit, est en parfaite adéquation sur le fond avec l'institution dont elle se réclame, tout en étant paradoxalement proche des classes populaires, qui bien que largement sécularisées et non pratiquantes, sont généralement conservatrices en matière de mœurs, estimant qu'un mariage se contracte uniquement entre deux personnes de sexes différents et qu’un enfant doit être éduqué par un père et une mère. Que l’on ne s’y trompe pas : la question soutendue n’est pas tant de savoir la confession religieuse de tel ou tel ministre, que de pointer du doigt leurs incohérences : a partir de l’instant ou ces trois femmes ont fait état de leur foi dans l’espace public, chacun est en droit de mettre en exergue les contradictions dans lesquelles elles sont enferrées.
Concernant les questions sociétales, le renvoi de Ch.Boutin et le maintient de R.Bachelot et N.Morano démontrent que le Président a donné un sérieux "coup de barre" vers le centre-gauche, c'est à dire vers ceux que l'on nomme un peu rapidement les "bobo"… qui par ailleurs ont récemment plébiscité la liste "Europe-Ecologie". Entre les valeurs de la droite populaire et celles de  la droite dite « moderne », N.Sarkozy a opté par fascination pour les secondes.

Concernant le ministère des affaires étrangères, B.Kouchner est maintenu dans ses fonctions contrairement à Rama Yade dont le secrétariat aux Droits de l'Homme disparaît. Du propre aveu de M.Kouchner, il y a d’une façon générale "contradiction permanente entre les droits de l'Homme et la politique étrangère d'un Etat, même en France" et le remaniement a été l'occasion d'y remédier. De toute évidence, N.Sarkozy s’est progressivement aperçu de l’incompatibilité entre les Droits de l'Homme et la réal politik.

Bien plus intéressante en revanche est la nomination de Pierre Lellouche au secrétariat  d'Etat aux affaires européennes. Cet homme née en Tunisie est depuis de nombreuses années dans l'ombre de N.Sarkozyqui en fit en 2005 son délégué général à la défense. Ouvertement pro-atlantiste et pro-israélien, il se prononça pour la guerre en Irak en 2003, applaudit aux révolutions colorées Ukrainienne et Géorgienne et se "préoccupe" maintenant grandement du dossier iranien. Fait "émissaire spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan" par le Président jusqu'à sa récente nomination dans le nouveau gouvernement Fillon, il s'est maintes fois prononcé pour l'entrée de la Turquie dans l'Europe ("fermer la porte de l'Union Européenne à la Turquie serait un erreur monumentale") avec le secret espoir de faire coïncider géographiquement l'Union Européenne et l'OTAN, voire de faciliter, à plus long terme, une entrée officielle d'Israël dans l'Europe. De plus, cette nomination se produit alors que la Suède, farouche partisane de l'élargissement à la Turquie, vient de prendre la présidence de l'Union. Fidèle à ses habitudes, N. Sarkozy tente de concilier une nouvelle antinomie avec d'un côté, un discours officiel hostile à la Turquie, et de l'autre, la nomination d'un partisan à l'adhésion turque.Ankara s’en est félicité. Nos partenaires allemands apprécieront…
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