D. Cohn-Bendit, E. Joly, J. Bové : Le tiercé écolo gagnant !
 # Politique # International Le 18 juin 2009 à 13h38 
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Depuis plusieurs mois, la crise financière américaine dite des "subprimes" sévit, entraînant dans son sillage le reste de l'économie mondiale.

Confrontés à une aggravation quotidienne de la situation économique, les Français (et par extension, les Européens) prennent la mesure des dégâts sociaux et environnementaux engendrés par le capitalisme débridé.

C'est dans ce contexte morose que se tinrent, il y a quelques jours, les élections des euro-députés, qui durent, tant bien que mal, adapter leurs discours à la réalité que nous traversons.

Concernant les questions environnementales, les partis politiques traditionnels (l'U.M.P. en tête !) sont souvent suspectés de ne s'y intéresser que par pur opportunisme électoral. Par conséquent, qui mieux que les Ecologistes Européens semblaient sincèrement se soucier et des dégradations de l'environnement et des questions sociales ? Ces derniers ont donc tout naturellement saisi l'opportunité qui s'offrait à eux !

Dénonçant tous azimuts "la débâcle financière, (...) les paradis fiscaux et la corruption, le chômage, la précarité et la destruction des ressources naturelles", la profession de foi de la liste "Europe Ecologie" vouait aux gémonies "l'Europe libérale (...) du Président de la Commission européenne, José Manuel Barrosso rendu responsable du marasme ambiant. Quant aux solutions, elles "viendront d'une Europe fédérale,(...), respectueuse des diversités, profondément réformée, plus juste, démocratique et sociale, enfin affranchie du libéralisme et de l'argent roi". Nous ne blâmons pas ce constat. Cependant, il semblerait que certains représentants de cette liste soient atteints d'un mal grandement répandu au sein du personnel politique : l'amnésie.

Libertaire en 1968, D.Cohn-Bendit n'hésita pas à se déclarer en 1998 "pour le capitalisme et l'économie de marché" (Une envie de politique, 1998, La Découverte) et déclara, en bon libéral, que « des services comme le téléphone, la poste, l’électricité n’ont pas de raison de rester dans les mains de l’État et qu' il n’y a pas de raison qu’il existe un service public de télévision » (Libération, 6 janvier 1999), et appela à voter pour le traité établissant la constitution européenne (2005). En 2007, il retourna sa veste, proclamant qu’ «il faut défendre les services publics contre la marchandisation et le transfert de ses services publics vers les multinationales, vers le privé » (Le Bien public, 11 avril 2007).

Mais les revirements ne s'arrêtèrent pas là, puisque le 3 juin 2009, quelques jours avant le scrutin, il déclare qu'"on ne pourra pas sortir du nucléaire en France sans en finir avec le monopole d'E.D.F.". Voila des prises de position méandriques difficiles à comprendre... Heureusement que Mme Joly figure sur cette liste pour lui redonner un« air éthique »! Quant aux autres colistiers, il s’agit pour la plupart de «technocrates de l’environnement», pour lesquels l’écologie s’élabore avant tout sur la base de rapports concoctés au sein de commissions, à l’abri des caméras et sur lesquelles les peuples n’ont évidemment aucun moyen d’influer.

Ecartelé entre libéralisme et écologie, "Dany le rouge", dans un périlleux numéro d'équilibriste, tente de réconcilier économie et environnement, ce qui l'amène à se rallier au courant du "développement durable", c'est à dire le courant de l’“écologie de marché". Une telle conception de l’écologie n'aboutira cependant qu'à retarder et à repousser à plus tard une échéance inévitable. Comment peut-on concilier une économie exigeant des taux de profits illimités alors que les ressources de notre planète sont limitées ?


Lentement et méthodiquement, l'idéologie du "développement durable" se met en place, avec son cortège de "taxes vertes" et de législations liberticides justifiées au nom de la santé de notre planète. Nous serons sommés de tous être «éco-citoyens» sous peine de se voir assimiler à des « néo-fascistes ». Une des dictatures douces du XXI° ne serait elle pas en gestation ?

Enfin, les Ecologistes font l’impasse sur la place que devrait occuper l’Europe dans l’Ordre Mondial : devons-nous nous contenter d’une simple «Europe- marché» ou bien nous réorienter vers une «Europe-puissance» indépendante, dégagée de l’influence américaine ? Malgré leur silence, un indice trahit leur conception de l’Europe. Le 26 mars dernier, au cours d’une séance du Parlement Européen, le groupe des Verts, à l’instar du Parti Socialiste Européen et du Parti Populaire Européen, a voté sans sourcilier une résolution sur «l’état des relations Transatlantiques» qui « invite instamment les partenaires [ndlr : Les Etats-Unis et l’Europe] à mettre à profit tout le potentiel du CET pour surmonter les obstacles actuels à l'intégration économique et pour réaliser un marché transatlantique unifié d'ici à 2015 » et souligne «l'importance de l'OTAN en tant que pierre angulaire de la sécurité transatlantique et se félicite de la décision du Conseil européen de décembre 2008 de renforcer le partenariat stratégique entre l'Union européenne et l'OTAN, et invite les deux partenaires à accélérer la création d'un groupe de haut niveau Union européenne/OTAN pour améliorer la coopération entre les deux organisations.»

Même si les scores des Verts lors des scrutins nationaux à venir se feront sans doute plus modestes, ces derniers ont cependant gagné en partie leur pari : introduire au sein de la vie politique française (et européenne) la question de l’environnement ainsi que leur conception de l’écologie. D’ailleurs, selon toute vraisemblance, le discours de N.Sarkozy devant le Congrès le 22 juin prochain accordera une place importante à cette problématique.

Lors des ces élections, 60% des Français et 57% des Européens se sont abstenus. Les classes populaires et les classes moyennes, et parmi elles une forte majorité de jeunes, ont massivement déserté ce scrutin, faissant le champ libre aux classes supérieures qui s'en sont emparées avec le résultat que l'on connaît : d’une part un vote U.M.P.caractéristique des retraités plutôt aisés, d’autre part un vote « écolo-bobo» de quadra et quinquagénaires attirés par les sujets sociétaux de gauche (le vote écologiste englobant par ailleurs des sujets tels que l’homoparentalité ou encore l’immigration) ! Les résultats des dernières élections démontrent nettement que le clivage droite/gauche est caduque et que la véritable ligne de fracture se situe désormais entre les élites et le peuple dont les intérêts divergent aujourd’hui du tout au tout: les premiers favorisent le capital au détriment du travail, méprisent l'enracinement au profit du nomadisme et du cosmopolitisme désincarné et nourrissent une admiration sans faille pour la conception américaine du monde. Les seconds vivent de leur travail, sont sensibles à leur terroir et à leurs racines et se méfient instinctivement de la super-puissance américaine.
La forte abstention traduit donc clairement un désintérêt et un rejet des populations vis à vis de la construction actuelle de lʼEurope et peut être considérée comme porteuse dʼespoir.

Cohn-Bendit, Joly et Bové, rebelles à l’ordre établi ? Assurément non ! Il existe d’autres conceptions de l’écologie plus sérieuses et plus proches des peuples ! Contrairement à ce quʼon pourrait croire aujourdʼhui, « Mai 68 » ne marque pas lʼacte de naissance de lʼécologie. La prise de conscience écologique émergea au cours du XIX° au sein de milieux assez différents : chez les contre-révolutionnaires qui, constatant les dégâts causés par la Révolution Industrielle à lʼencontre de la nature ainsi que sur les conditions de vie des anciens ruraux devenus citadins, décidèrent de se retirer à la campagne, sur leurs terres, pour renouer avec lʼordre naturel du Créateur mis à mal, selon eux, par lʼidéologie des Lumières de 1789. Louis de Bonald y consacra dʼailleurs un petit opuscule intitulé De la famille agricole et de la famille industrielle, dans lequel il vante les mérites de la vie rurale et des travaux agricoles, sains tant pour le corps que lʼesprit, auquel il oppose le monde industriel des villes dans lequel les individus sont réifiés et aliénés.

Formulant les mêmes constats, un second personnage, dʼextraction rurale et modeste, soutint également les bienfaits de la vie rurale : Pierre Joseph Proudhon. Contrairement aux idées galvaudées qui circulent sur son œuvre, la conception de la vie proudhonienne est centrée autour de la cellule familiale vivant sur un lopin de terre, dont le pivot principal est la figure paternelle (et les valeurs morales sʼy rattachant). Chez lui, son attrait pour la nature est motivé par un paganisme propre au monde paysan quʼil décrit avec emphase dans La justice dans la Révolution et dans l'Église (1858).


Par conséquent ne nous laissons pas aveugler par des discours écologistes sentant bon « l’air du temps » ne servant qu’à mobiliser un certain électorat urbain frappé par la « frénésie verte » !

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