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Vendredi 18 juin, une dépêche de l’Agence France-Presse (AFP) nous apprenait le décès à 94 ans du général Marcel Bigeard. Le général Bigeard fut une légende de l’Armée Française, le dernier des Grognards, qui dans un autre temps aurait été Maréchal d’Empire et dont les titres illustrent 36 ans au service de la France :


 


Général de Corps d’Armée


Grand Croix de la Légion d’Honneur


Croix de Guerre avec 25 Citations dont 11 à l’Ordre de l’Armée


Croix de Guerre des T.O.E (Territoires d’Opérations Extérieures)


5 blessures de guerre


De multiples décorations étrangères


 


Ce bref récapitulatif permet de comprendre quel soldat d’exception vient de nous quitter.


Dernier survivant, il a rejoint près de Saint-Michel, la cohorte de ses glorieux devanciers et compagnons d’arme : Argoud, de Blignières, Bréchignac, Château-Jobert, Jeanpierre, Gardes, Godard, de La Chapelle, Lacheroy, Langlais, Massu, de Pazzis et tant d’autres, qui ont écrit les pages les plus belles et les plus glorieuses de l'Histoire militaire de notre dernier demi-siècle.


 


Rien pourtant ne préparait le jeune Marcel Bigeard, né à Toul le 14 février 1916, à ce destin d’exception. Fils d’un modeste employé des chemins de fer, il entre comme commis à la Société-Générale à 14 ans. Ses années de service militaire dans l’infanterie de forteresse lui laissent un souvenir mitigé et cependant il découvre à cette occasion l’esprit de camaraderie et c’est sans états d’âme qu’il est mobilisé en 1939. La Seconde Guerre Mondiale voit Bigeard dans l’infanterie de forteresse. Prisonnier à l’issue de la campagne de France, il s’évade à la troisième tentative et rejoint en 1941 l’Armée d’Afrique. C’est à cette période, en janvier 1942, qu’il épouse l’amour de sa vie, celle que des générations de paras vont surnommer Madame Gaby.


 


Parachuté en France par les SAS Britanniques avec le grade fictif de commandant en juin 1944, il encadre les maquis du Sud-Ouest et découvre à cette occasion l’Arme qui va forger sa légende. Fin 1944 il prend le commandement de l’Ecole des cadres du Pyla où déjà, il imprime sa marque.


 


Sitôt la guerre terminée, une nouvelle aventure commence pour le capitaine Bigeard, puisqu’il débarque à Saïgon en septembre 1945 pour le premier de ses trois séjours en Indochine.


Ce conflit va marquer Bigeard à vie, comme tous ceux qui ont combattu dans cette contrée lointaine oubliée de la Métropole. Placé à la tête de différentes unités dont une colonne de partisans Thaïs, il combat dans toute la péninsule mais principalement dans la Haute Région du Tonkin. Ces séjours Indochinois donnent à Bigeard l’occasion de mettre en pratique sa technique du combat en tout point remarquable. Doté d’un sens tactique inné, d’un coup d’œil remarquable et d’une rapidité d’exécution sans pareille, il comprend très vite que la guerre menée est différente des autres. Avec quelques autres il développe le concept de la guerre subversive, dans laquelle il est capital de « tenir » les civils. Par ailleurs il développe sa conception du commandement, très proche de ses hommes, en partageant leurs souffrances. Il est leur modèle. Les unités qu’ils dirigent se trouvent durablement marquées par l’esprit Bigeard. En effet, loin de l’armée pantouflant dans les casernes, Bigeard veut une armée jeune, moderne, sportive, dotée d’un esprit dont sa devise célèbre « Croire et Oser » peut être l’idéal. Cet esprit il le transmet à tous ses collaborateurs et plus particulièrement aux deux unités qu’il créé, le 6ème BPC (Bataillon de Parachutistes Coloniaux) en Indochine lors de son 3ème séjour de 1952 à 1954 et le 3ème RPC (Régiment de Parachutistes Coloniaux) en Algérie de 1955 à 1958.


 


Avec ses hommes, il brave l’enfer à Dien Bien Phû où son 6ème BPC est anéanti. A la chute du camp retranché, le bataillon ne compte que 300 survivants, la plupart blessés, dont une partie mourra en captivité dans les sinistres camps du Viêt-Minh.


De retour de captivité en septembre 1954, avec le grade de lieutenant-colonel, Bigeard rejoint l’Algérie en 1955 après un passage à l’Ecole de Guerre où il essaie avec ses anciens camarades d’alerter ses supérieurs sur la nécessité de comprendre les ressorts de la guerre subversive.


Colonel du 3ème RPC, il participe à toutes les grandes opérations de cette guerre qui ne dit pas son nom et en 1957 se retrouve à Alger pour mener la guerre aux entreprises terroristes du FLN. Relevé de son commandement en 1958 pour divergence de vue avec la politique Gaullienne d’abandon de l’Algérie et parce que son aura irrite ses supérieurs, Bigeard prend le commandement de l’Ecole de Formation à la Guerre subversive. Il quitte définitivement l’Algérie pour l’Afrique Noire en 1960. Cette mutation-sanction le met paradoxalement à l’abri du choix en Algérie qui va briser les carrières de tant de ses amis. En effet, si le colonel Bigeard ne bascule pas dans l’insurrection, il se sent très proche et comprend les motivations de ceux qui tentent le tout pour le tout avec le putsch d’avril 1961 et l’aventure de l’OAS.


 


Il lui faut attendre 1967 pour recevoir ses étoiles de général de brigade, et gravir peu à peu les échelons supérieurs jusqu’au grade de général de corps d’armée en 1973. A cette date, après avoir commandé les Forces Françaises de l’Océan Indien, il prend le commandement de la Région militaire de Bordeaux. Il prend sa retraite en 1974 et l’année suivante, fait une entrée remarquée en politique en devenant Secrétaire d’Etat à la Défense Nationale de Valéry Giscard d’Estaing. Démissionnant 18 mois plus tard, il conserve toute son amitié à Giscard et devient député UDF de Toul en 1978, mandat qu’il conserve jusqu’en 1988. Cette carrière politique s’accompagne d’une importante production littéraire, puisque le Général Bigeard publie pas moins de 11 ouvrages jusqu’en 2009. Personnalité médiatique, au franc-parler proverbial, il ne cesse de mettre sa notoriété au service de la grandeur de la France.


Nous ne pouvons qu’être admiratif d’un tel parcours, tout en regrettant un certain aveuglement politique dans les soutiens qu’un tel homme a apporté à Giscard et Sarkozy, deux destructeurs acharnés de la France que le général a si ardemment défendue.


 


Le Général Bigeard est cependant l’un des plus grands soldats français du XXème siècle. Que son exemple de courage, de dévouement, et de sens de l’honneur inspire notre jeunesse et que ses cendres, qui vont rejoindre celles de ses camardes tombés à Dien-Bien-Phû reposent en paix sur cette terre du Viêt-Nam qu’il avait tant aimée.


 


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